La Lanterne de Diogène

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Le choc culturel de la première session

Enseigner en première session au collégial représente un défi et une épreuve.

Un défi d'abord parce qu'il faut parvenir à élever le niveau de l'éducation des jeunes qui proviennent du secondaire au niveau des études supérieures. Or, la majorité des élèves n'ont jamais étudié auparavant, ce qui engendre un problème majeur d'adaptation à ce changement d'orientation dans leurs études et dans leur vie.

Une épreuve ensuite parce que le professeur de première session fait face à une multitude de problèmes auxquels il n'est pas préparé : les élèves ne sont pas motivés; les élèves ne savent pas ce qu'ils font là; les élèves ne sont pas préparés à travailler; les élèves ne savent pas comment organiser leur emploi du temps; les élèves n'ont jamais appris de méthode de travail; les élèves ne savent pas comment prendre de notes de cours; les élèves écoutent d'une oreille distraite les consignes; les élèves sont immatures; les élèves sont débordés par les travaux à faire; les élèves ont des emplois rémunérés envahissants à l'extérieur des études; les élèves…

Ce sont, en général, les récriminations qu'on entend et qu'on émet lorsqu'on enseigne à des élèves qui en sont à leurs premières armes au collégial.

Le passage, le saut ou l'écart du secondaire au cégep est immense. Quand on y songe, il fait craindre le pire. Au secondaire, les élèves étudient en moyenne deux heures par semaine pour l'ensemble de leurs cours. Ils arrivent au cégep et on leur demande d'étudier un minimum de 21 heures par semaine. De plus, ils ont l'impression qu'il y a plus de liberté, plus de temps libres, plus de temps à consacrer au travail rémunéré et aux sorties.

Est-il réaliste alors de demander autant de changements à des jeunes en si peu de temps? En quelques mois, les élèves peuvent-ils étudier dix fois plus qu'ils l'ont fait pendant 11 ans, au primaire et au secondaire? Et c'est sans compter les changements dans leur vie personnelle et familiale, qui sont nombreux.

La difficulté d'enseigner en première session réside en fait dans la situation même de l'enseignement collégial. Il s'agit d'un niveau d'enseignement supérieur qui jouxte l'enseignement secondaire. La première session représente un passage, un lieu de transition pour les élèves comme pour les professeurs. Comment, sans sacrifier à la mission de l'enseignement supérieur, prendre en compte le niveau de préparation et les aptitudes des jeunes qui pendant 11 ans n'ont pas étudié pour réussir?

À l'impossible nul n'est tenu, dit-on. On ne peut pas transformer les élèves du jour au lendemain. Le professeur de première session au collégial doit donc faire avec les éléments mis à sa disposition. Or, ces éléments, ce sont les élèves mal préparés à affronter les études supérieures. Se cantonner alors dans l'attitude négative qui consiste à ne pas tenir compte de cette réalité, c'est se condamner à enseigner dans une tour d'ivoire. Les échecs et les abandons vont s'accumuler. On pourra toujours rejeter la faute sur le secondaire pour se donner bonne conscience.

Peut-on combler l'écart entre le secondaire et les études supérieures autrement que par une fin de non recevoir en renvoyant la balle à d'autres? Ne pourrait-on pas considérer la première session au collégial comme un secondaire 6 qui introduit aux études supérieures? Ne le fait-on pas dans les faits?

Peut-être. Mais chacun le fait pour soi, dans ses cours, sans support. En quelques semaines, les professeurs de première session récupèrent les années perdues : ils essaient de hausser le niveau de concentration des élèves en classe, d'augmenter leurs capacités à fournir des efforts dans les cours et leur faire réaliser l'importance d'étudier à l'extérieur des cours. Sans compter qu'ils doivent également assurer le support psychologique et faire de la discipline…

Pour répondre à ces exigences de la première session, il faudrait assurément que les professeurs de première session aient une charge moins lourde, moins d'élèves dans leurs classes et plus de support pédagogique. Il serait peut-être salutaire d'alléger la première session des élèves tout en dégageant des professeurs pour les encadrer véritablement. On pourrait engager des experts qui traiteraient les cas de plus en plus nombreux d'élèves ayant de graves problèmes de comportement.

Il ne serait pas mal venu aussi de valoriser le rôle des professeurs et leurs compétences auprès des élèves. Ça ne fera jamais de mal…

Évidemment, ces vœux pieux coûtent des sous. Mais cela pourrait également faire partie d'un véritable programme de réussite au collégial qui ne serait pas un simple maquillage statistique afin de façonner une belle image du réseau collégial auprès de la population.

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